La boîte noire, c’est le produit hyper intelligent conçu avant tout pour ses performances techniques mais qui oublie de « parler » au consommateur.
Plusieurs chefs d’entreprises l’avouent eux-mêmes : « sans le designer, j’aurais fait une boîte noire ». C’est souvent le risque lorsque le chef d’entreprise est d’abord un technicien. Il se préoccupe avant tout des fonctions de la machine ou du produit dont il a eu l’idée. Obnubilé par les contraintes de fabrication et les performances techniques de son produit, il oublie le destinataire de celui-ci, autrement dit le client et l’utilisateur.
Le danger de la boîte noire devient de plus en plus fréquent avec la tendance à la miniaturisation et le recours croissant à des composants électroniques. Ceux-ci rendent certaines fonctions invisibles et font disparaître les gestes qu’impliquait l’univers mécanique. Prenons un exemple de la vie de tous les jours. Autrefois, pour faire du café, il fallait d’abord moudre les grains en tournant un moulin puis verser de l’eau préalablement chauffée sur le café moulu. Plusieurs objets clairement identifiés étaient nécessaires et il y avait toute une succession de gestes. Chaque étape nécessitait une intervention humaine. Elle produisait aussi du bruit et des odeurs reconnaissables qui préparaient au plaisir de la dégustation.
Aujourd’hui, il suffit d’appuyer sur un bouton, d’effleurer une touche, de programmer un robot. L’utilisateur n’est plus maître des opérations, il ne sait pas comment opère la machine et celle-ci pourrait d’ailleurs sortir n’importe quel liquide.
Le consommateur n’a même plus de contact physique et visuel avec le café, moulu ou en grain, lorsque celui-ci est enfermé dans une capsule. La cafetière fonctionne comme un lecteur DVD qui fonctionne comme une machine à laver… Un même geste (appuyer sur un bouton) permet d’obtenir une multitude de fonctions et de services. Un expert en sémiologie vous dirait qu’il y a ainsi « appauvrissement du sensible. Et plus on appauvrit le sensible, moins le produit est intelligible ».
C’est le handicap de cette nouvelle génération de produits, issus des technologies liées à l’électronique et l’informatique. Ce sont des concentrés de puissance et d’intelligence. Des forts en thème qui ont réponse à tout mais sont sans expression. Ces produits risquent de devenir des énigmes pour le consommateur…qui peut alors s’en détourner.
Aboutir à une boîte noire, c’est oublier qu’un produit doit répondre à un besoin, à un style de vie ou à un état d’esprit. C’est oublier qu’un produit existe aussi par ses formes et que celles-ci jouent un rôle de communication. Les formes ne résultent plus seulement, comme dans le passé, des fonctions d’ordre technique. Elles remplissent aussi des fonctions de nature culturelle, sociale ou affective.
Elles doivent faire comprendre le produit (dire ce qu’il est, à quoi il sert, à qui il s’adresse), lui donner une personnalité, elles doivent jouer sur un processus de séduction pour créer une relation de complicité entre le produit et le consommateur. D’où la nécessité de recourir à un designer. Lui seul pourra donner une forme « parlante », évocatrice de valeurs à des objets qui ne sont pas contraints à une forme particulière et peuvent prendre n’importe laquelle.
