Le designer, figure de l’artisan et figure de l’artiste

0
Catégorie(s) : Lexique du design

Comment les marques utilisent-elles la figure de l’artisan dans leur communication ?

De plus en plus fréquemment, les produits de consommation ne se contentent plus de se présenter tel qu’ils le sont. L’exigence des consommateurs et la concurrence accrue font que la bonne foi des entreprises n’est plus suffisante. Les valeurs prônées par les marques semblent ne plus offrir la sincérité suffisante aux yeux des consommateurs. Les produits issus du commerce équitable doivent ainsi leur crédibilité aux nombreux labels supposés indépendants. De même que les alicaments attestent de leur hypothétique efficacité en mettant en avant des études cliniques.

Ces nouveaux arguments de vente prennent de nombreuses formes et ne se limitent pas à un label collé sur un emballage ou à des tests en laboratoire. Aussi, au rayon plat cuisiné vous ne serez peut-être pas surpris de croiser le chef étoilé Joël Robuchon. La simple présence de ce dernier sur l’emballage nous assure les qualités gustatives des « St Jacques au Noilly & Riz Basmati cuisiné ». De même dans une boutique de cosmétique Lush : le visage de « Kriss » sur un pot de crème pour le corps donne immédiatement du crédit au « fait main » revendiqué par l’enseigne. Placer un visage sur un produit opère ici comme une sorte de figure tutélaire : un cuisinier de renom pour l’alimentaire, un nom et un visage derrière un produit manufacturé.

La figure du designer n’est pas en reste et n’est pas exclusive aux magazines de décoration ou à la presse spécialisée. IKEA met particulièrement en avant ses designers sur ses lieux de vente. Au travers de nombreux imprimés (étiquette, panneau, kakémono), le géant suédois du mobilier pose littéralement des visages sur ses produits. Néanmoins, l’intérêt n’est pas le même que celui des exemples précédemment évoqués. Il ne s’agit plus de transférer sur un plat cuisiné la renommée d’un grand chef ou d’attester d’un mode de fabrication. Les designers d’IKEA ne sont pas connus et ne sortent pas de l’ordinaire : on est très éloigné de l’excentricité affichée de Karim Rashid. Lors de votre prochaine visite, vous remarquerez leur caractère passe-partout, tous les âges y sont représentés et il y a autant de femmes que d’hommes. Vous remarquerez également la teneur du discours où en quelques mots le designer d’IKEA démystifie la pratique du design. Vous remarquerez aussi la volonté de rendre authentique leur pratique du design : les designers sont presque tous scandinaves ; la présence de leur signature marque un certain engagement ; l’insistance du « of Sweden ». Vous remarquerez enfin la volonté de placer leur design dans un héritage culturel : en sortant du magasin, on peut voir en effet un panneau faisant un rapprochement entre IKEA et le scientifique du XVIIIème siècle Carl Von Linné. Il est vrai que ce dernier est originaire de la même ville que le fabricant de meubles.

L’intérêt d’IKEA est double. L’entreprise cherche évidemment à s’ancrer culturellement. Elle le fait autant avec la consonance des noms de leurs meubles qu’avec la boutique d’alimentation qui offre son lot de saumons fumés et de gâteaux à la cannelle. Insister sur leurs employés est du même acabit. En revanche, en exposant uniquement les designers, IKEA opère un raccourci qui met de côté les nombreuses compétences nécessaires à la conception d’un produit. Dans leurs magasins, l’ingénieur de fabrication, l’ergonome ou le responsable du marketing n’ont pas le droit à la parole. Ce raccourci place tacitement le design comme la seule compétence mobilisée lors de la conception d’un objet.

Cette figure particulière du designer est celle de l’artisan. L’artisanat est propre à un lieu géographique et à une tradition qui s’établit dans la durée. Mais surtout, l’artisan est directement relié à sa production car à la fois, il imagine, conçoit, et fabrique. La réalité est tout autre. Car si IKEA insiste autant sur le « design by » c’est sans doute pour occulter le « made in ».

Les designers et la figure de l’artiste

La présence médiatique de designers, souvent les mêmes, produit l’effet inverse de ce que j’ai appelé la figure de l’artisan. Figure que l’on retrouve notamment chez IKEA. Celui-ci, en ayant recours sur leurs lieux de vente à un habile plan de communication, permet de démystifier le métier de designer, de la rendre accessible à tous, tout en faisant l’impasse sur le processus de fabrication de leurs produits. L’objectif d’IKEA est d’insister sur l’origine géographique et culturelle de leur design « of Sweden », et ceci en occultant le « made in China ». De son côté, de par son exposition médiatique, le designer célèbre induit la figure de l’artiste vis-à-vis de la profession. En cela, il singularise sa pratique du design et utilise tous les poncifs normalement réservés à la caricature de l’artiste : attrait manifeste pour l’exagération, récurrence dans les propos de la filiation de son talent, volonté de ne pas expliquer, de ne pas comprendre sa créativité.

La première conséquence de le figure de l’artiste est de favoriser une vision caricaturale du design. En substance, le profane associe la pratique du design aux propos de ces quelques parangons bien installés dans la sphère médiatique. Le profane considère alors le designer comme un créateur de mobiliers haut de gamme, voir un décorateur. Son incursion dans les produits de consommation se limite à signer ponctuellement l’emballage d’une bouteille de bière ou le boitier d’un disque dur externe. Le souci est que ce profane peut avoir besoin des compétences d’un designer dans sa vie professionnelle. Ce profane peut par exemple être le responsable d’une PME/PMI spécialisée dans la fabrication et la pose de grillage. Ce profane peut tout aussi bien être le père d’un futur bachelier, trouvant le design pas vraiment sérieux et qui poussera alors son enfant à faire de « vrais études » en école d’ingénieur ou ailleurs.

Une autre conséquence est affaire de compétence dans la mesure où celle-ci est tacitement induite par la célébrité. Au fond, cette deuxième conséquence découle de la première : le profane pense avec justesse que tel designer n’est pas devenu célèbre par hasard. L’effet pervers est que la notoriété surpasse les compétences du designer. Ainsi, faire appel à une designer célèbre témoigne un gage de qualité pour les clients potentiels mais assure aussi une visibilité médiatique à moindre coup. La reconnaissance professionnelle entraîne la notoriété qui a son tour engendre la célébrité. Un exemple permettra ici de mieux cerner les enjeux désastreux du mélange opéré entre célébrité et compétence. L’année dernière, le gouvernement français a voulu la création d’un site web destiné à la promotion du pays : France.fr. Le projet a malheureusement connu des ratés. Le Canard enchaîné a notamment révélé la facturation élevée concernant le graphisme : « 100 000 euros hors taxes ». L’hebdomadaire révélait également que « le patron du service d’information du gouvernement (SIG) estim[ait] que le graphisme du portail ne conv[enait] pas, et confi[a] la ‘direction artistique’ à un jeune designer français réputé ». Il convient de préciser que ce « jeune designer français réputé » n’avait jamais fait jusqu’alors de portail web et que son domaine est celui du design de produits. De plus, il est assez maladroit de confier un projet d’une telle importance à un designer qui n’a même pas réalisé son propre site web. Qui plus est, Étienne Mineur (un designer graphique qui ne fait pas les plateaux de Canal + mais qui est reconnu dans le métier pour son professionnalisme) faisait remarqué que le graphisme réalisé par ce « jeune designer français réputé » est basé sur un thème déjà existant. Un preuve flagrante que le choix du designer s’est fait sur sa notoriété et non sur ses compétences.

La dernière conséquence liée à la figure de l’artiste du designer est le corollaire de la précédente. Si certains designers accèdent à la célébrité, alors certaines célébrités peuvent logiquement être designer. En définitif, le design est dorénavant un métier de star et participe à la rhétorique de la célébrité. Les stars sont les produits de consommation de notre société obnubilée par le spectaculaire et l’évènementiel. À l’image d’une marque, les célébrités véhiculent en premier lieu des valeurs et se développent comme une gamme de produits. Le design semble être le nouveau territoire sur lequel certaines célébrités cherchent à se décliner. Pour ses 40 ans, Habitat avait invité une quarantaine de VIP pour créer tout un ensemble de produits en édition limitée. On trouvait dans le lot quelques célébrités liées au monde de la création : des couturiers comme Issey Miyake ou Paul Smith mais aussi l’architecte Jean Nouvel. Cependant, les Daft Punk ont créé une table basse, Carla Bruni un hamac, le boxeur Lennox Lewis un réveil et l’acteur Ewan McGregor un fauteuil de metteur en scène. Chaque personnalité a mis un peu du sien dans le produit. Cette opération commémorative relevait davantage de la communication que du design et pouvait éventuellement prêter à sourire. L’acheteur potentiel était-il dupe pour autant ? Je ne saurais le dire. Cette initiative était ponctuelle et n’avait pas pour objectif de lancer des carrières de designer. Néanmoins, l’idée est là et semble se développer. Le producteur de musique Pharrel Williams a dessiné des chaises. L’une reprend une métaphore sexuelle, l’autre une métaphore guerrière. L’année dernière, Lady Gaga a été nommé « directeur créatif » chez Polaroïd. Elle a présenté sa gamme de produits lors de dernier CES. Pardonnez mon cynisme, mais le travail de design de Pharrel Williams et de Lady Gaga est aussi crédible à mes yeux qu’un joueur de foot écrivain. Pour ces derniers d’ailleurs il existe des personnes pour les aider, on les appelle des nègres. Dans le cas de la littérature, c’est socialement accepté. Le métier est reconnu mais les nègres restent dans l’ombre. Le nègre de design est peut-être un métier qui est amené à se développer ou qui existe déjà.

La figure de l’artiste engendre des nègres dans le design et procède elle aussi d’un raccourci diffèrent de celui de la figure de l’artisan. L’omission n’est pas celui de la production industrielle délocalisée dans un pays à bas coût. L’omission est plus insidieuse car c’est la pratique même du design et de toute sa complexité qui se voit réduit à une seule personne, designer ou non, mais célèbre avant tout.

Clément Gault – Chercheur/Designer


Agence de design

0
Catégorie(s) : A, Lexique du design

Les agences de design fournissent des solutions concrètes et adaptées à chaque type de projet et d’entreprise. Leur profil varie selon leur taille (entre une et rarement plus d’une centaine de personnes) et leur activité (généralistes ou spécialisées). Elles sont composées de créatifs et de consultants.

Certaines agences sont polyvalentes et compétentes dans les divers métiers du design : produit, packaging, identité, architecture commerciale. D’autres sont spécialisées dans quelques-unes de ces activités ou travaillent régulièrement dans des secteurs précis (matériel de transport ou médical, cosmétiques, distribution, agro-alimentaire…).

Les agences, dès lors qu’elles comprennent plusieurs membres, sont structurées comme n’importe quelle entreprise, avec des gestionnaires, des commerciaux (directeurs de clientèle, consultants) et des créatifs (les designers). Dans les grosses structures, le directeur de création supervise les équipes et la politique de création de l’agence. Le directeur artistique, responsable de la réalisation des projets, anime une équipe composée de maquettistes, graphistes, roughmen. Les agences incluent parfois des spécialistes dans des disciplines annexes ou connexes : étude marketing, planning stratégique, sémiologie, sociologie, ergonomie, relations publiques…

Les agences les plus importantes en taille sont celles qui interviennent dans ce qu’il est convenu d’appeler le design de communication (packaging, identité visuelle, architecture commerciale). En revanche, les agences ne pratiquant que le design produit ont un effectif réduit. Beaucoup de ces structures ne comprennent qu’un ou deux designers. Plusieurs grandes agences parisiennes (en packaging, identité visuelle) appartiennent à des groupes de communication internationaux.

Le nombre des agences de design en France reste difficile à appréhender. Selon une estimation de l’APCI (Agence pour la promotion de la création industrielle) publiée en 2002, il y aurait 4 500 à 4 750 structures employant un effectif de 20 000 à 25 000 personnes. L’ADC (Association Design Conseil réunissant principalement de grandes agences parisiennes) a comptabilisé 450 agences de design en France employant 5700 salariés en 2008. L’étude de l’ADC ne prend en compte que les structures employant au moins 5 personnes. Or, selon l’APCI, deux tiers des structures emploient seulement une à cinq personnes.

Près de la moitié des designers sont situés en Ile-de-France. Autres régions à forte concentration de designers : Rhône-Alpes et Nord Pas-de-Calais.

Crédit : « Le design de A à Z », Jean Charles GATE - 2010, publié par la DGCIS
www.industrie.gouv.fr/liste_index/creation_som.html

Postez un appel d’offres et recevez des devis sous 48h d’agence design


Analyse de la valeur

0
Catégorie(s) : A, Lexique du design

L’analyse de la valeur permet de traquer les coûts superflus liés à chacune des fonctions d’un produit ou d’un service. Comme elle aboutit souvent à opérer des compromis, elle gagne à être utilisée de pair avec le design afin de sauvegarder les éléments attractifs du produit ou du service.

L’analyse de la valeur a pour objectif d’abaisser le coût de production total en recherchant les économies réalisables sur chacun des postes de dépense sans réduire la qualité ou les performances techniques du produit ou du service. Cette méthode a été inventée dans les années 50 aux Etats-Unis. Elle a d’abord été utilisée dans l’industrie de la défense. Ses modalités d’application peuvent varier selon les intervenants.

Elle consiste à analyser les différentes fonctions d’un produit. Le but est de vérifier, pour chacune, si elle correspond à un réel besoin, quel est son coût et comment il peut être réduit. L’analyse peut également porter sur la valeur ajoutée à chacune des étapes de la fabrication. L’analyse de la valeur s’adapte aussi bien à la conception d’un nouveau produit qu’à un produit existant. Elle nécessite de bien identifier les différentes fonctions. Celles-ci se décomposent notamment en fonctions d’usage ou de service et en fonctions d’estime.

Les principales fonctions d’un tournevis sont de visser et dévisser. Mais il peut aussi remplir d’autres fonctions : être agréable à utiliser, à manipuler ou à regarder, donner une impression de robustesse et/ou de légèreté, s’intégrer dans une gamme, donner une image valorisante de l’entreprise et de la marque. Ces fonctions figurent en principe dans le cahier des charges, le document servant de base de travail pour la conception d’un produit. L’intérêt de l’analyse de la valeur est de permettre de repérer toutes les sources potentielles d’économie en faisant la chasse aux coûts excessifs, superflus ou qui ne sont pas justifiés par un service réel ou utile. Certains designers recourent à l’analyse de la valeur pour conforter leur démarche créative. Mais cette méthode ne remplacera jamais l’intuition et le bon sens d’un designer. Et elle gagnera toujours à être utilisée en liaison avec le design. Celui-ci est le garant de la personnalité et de la qualité perçue du produit. Surtout, le design offre une meilleure visibilité dans la gestion des économies et le tri des fonctions.

Des fonctions apparemment accessoires, qui risqueraient donc d’être sacrifiées par le biais de l’analyse de la valeur, peuvent en réalité constituer des critères déterminants de choix pour le consommateur. A l’inverse, des fonctions jugées importantes par l’industriel peuvent ne pas être primordiales aux yeux du consommateur.

Crédit : « Le design de A à Z », Jean Charles GATE - 2010, publié par la DGCIS
www.industrie.gouv.fr/liste_index/creation_som.html

Architecte commercial

0
Catégorie(s) : A, Lexique du design

L’architecte commercial vous aide à concevoir un espace, qui doit véhiculer les valeurs et l’image de votre enseigne tout en stimulant les ventes. Il doit également être conçu en prenant en compte le point de vue du client. Les choix de l’architecte commercial sont avant tout stratégiques avant d’être décoratifs, bien qu’il doive des compétences d’architecte d’intérieur.

Que ce soit de style architecture contemporaine ou plutôt esprit design industrie, le lieu doit être un univers en cohérence avec l’image que l’entreprise désire donner d’elle-même, avec la nature des produits et avec le profil des consommateurs. Ainsi, ces différents éléments guident l’architecte d’intérieur dans ces choix de couleurs, de matériaux ou encore d’éclairage.

L’espace de vente est un média. L’architecte commercial s’attache donc à transmettre un message immédiatement compréhensible par le client. De la vitrine à l’intérieur, le magasin doit exprimer clairement son offre et son positionnement. Il doit également servir deux objectifs : permettre au client de trouver facilement le produit qu’il est venu acheter et l’inciter à regarder les autres produits.

L’architecte commercial vous aide donc à créer un cadre agréable et attractif pour vos visiteurs en respectant votre image de marque. Il compose avec les contraintes spatiales et techniques afin de mettre en valeur vos produits et vos services.

Il crée une ambiance unique pour servir au mieux vos objectifs commerciaux.

Postez un appel d’offres et recevez des devis sous 48h d’architecte commercial


Architecte d’intérieur

0
Catégorie(s) : A, Lexique du design

L’architecte d’intérieur conçoit avec vous et dessine l’agencement de votre espace avec pour objectif de mettre en relief les valeurs, les informations ou les produits, que vous souhaitez transmettre et exposer. L’architecte d’intérieur associe les deux rôles de créateur et de chef de projet. Il compose avec l’espace, les volumes, les matériaux tout en respectant vos attentes et les contraintes du site. Véritable maître d’œuvre, c’est un créateur qui conçoit un lieu, où l’esthétisme se mêle au fonctionnel pour servir au mieux les attentes de l’entreprise.

L’architecture d’intérieur se rapporte au domaine des arts décoratifs ou arts déco. L’idée est de concevoir un espace esthétique et fonctionnel qui corresponde aux attentes de décoration du client. L’architecture d’intérieur jongle avec des éléments tels que les espaces, les lumières, les couleurs et les meubles pour créer un lieu ou une ambiance, qui reflète le message, le caractère voulu par son client.

Postez un appel d’offres et recevez des devis sous 48h d’un architecte d’intérieur


Architecture commerciale

0
Catégorie(s) : A, Lexique du design

Faire vendre et servir la marque, tels sont les objectifs de l’architecture commerciale. Les boutiques doivent donner aux clients le plaisir et l’envie d’acheter tout en assurant la notoriété du distributeur.

Un magasin est à la fois un média et un générateur de chiffre d’affaires. L’architecture commerciale doit donc mettre en valeur l’enseigne et stimuler les ventes. Des ventes qui sont loin d’être acquises d’avance car le consommateur a désormais l’embarras du choix. Une formule résume d’ailleurs la nouvelle approche en vigueur dans la distribution : un magasin n’est plus un point de vente, c’est devenu un lieu d’achat. Autrement dit, au lieu d’obéir seulement à la logique du distributeur, le magasin doit aussi être conçu du point de vue du consommateur. Et, comme c’est le cas pour tous les domaines d’intervention du design, en architecture commerciale, les choix sont d’abord stratégiques avant d’être décoratifs. Dans ces conditions, la conception d’une boutique respecte des règles précises.

- Cohérence. Le magasin doit créer un univers cohérent avec l’image que la marque entend donner d’elle-même, avec la nature des produits et leur assortiment et avec le profil des consommateurs visés. La prise en compte de ces différents éléments détermine le mode de présentation des produits, le choix des matériaux et des couleurs, l’ambiance sonore et l’éclairage voire les odeurs qui sont désormais diffusées dans certains points de vente. Ainsi le positionnement marketing de l’enseigne engendre un style particulier de boutique.

- Ambiance. Elle définit la personnalité de la boutique. L’ambiance peut être feutrée ou délibérément provocatrice, calme ou bruyante. Elle peut faire référence à l’histoire de la marque ou à un style de vie, elle peut stimuler le décor dans lequel les produits seront utilisés par le consommateur, mettre l’accent sur le prix, le service ou le conseil, la qualité, la disponibilité…

- Lisibilité. Le magasin est un média : il doit transmettre un message et ce message doit être lisible et immédiatement compréhensible. Dès la vitrine et l’entrée, le magasin doit exprimer clairement son offre et son positionnement. A l’intérieur, le client doit pouvoir repérer les offres prioritaires (celles que la marque peut privilégier) et il doit aussi pouvoir s’orienter facilement. La conception d’une boutique nécessite donc le respect d’une hiérarchie dans la disposition et la mise en valeur des produits et dans la signalétique.

Un magasin est assimilable à un journal. Le lecteur (client) regarde le nom du journal (l’enseigne), son attention est ensuite attirée par les titres et photos (la vitrine, la PLV, les objets en promotion) et il parcourt enfin l’ensemble de la page (l’espace du magasin) pour lire les articles (choisir les produits sur les gondoles, étagères et autres présentoirs).

- Circulation. L’aménagement de l’espace doit satisfaire deux objectifs a priori contradictoires : permettre au client de trouver sans difficulté le produit qu’il est venu acheter et l’inciter à musarder autour des autres produits. Le client doit avoir l’impression, d’une part, de gagner du temps et, d’autre part, de décider de lui-même de consacrer un peu de son temps à se faire plaisir. Certaines grandes surfaces (du type Ikea) imposent un circuit quasi unique et obligent le client à passer devant tous les produits avant d’atteindre les caisses. Le <<taux de transformation>> (le volume d’achats) est alors élevé. D’autres enseignes reconnaissent qu’il est préférable de ménager des raccourcis pour éviter de lasser le client.

Les flux de circulation sont générés par l’emplacement des gondoles, la forme des meubles, le marquage au sol ou sur les parois…L’éclairage joue aussi un grand rôle : il peut, par exemple, associer une longue rampe lumineuse au plafond qui définit l’axe principal et plusieurs îlots de lumière sur les côtés qui distinguent les différentes composantes de l’offre.

- Flexibilité. Les magasins sont contraints de s’adapter au comportement <<zappeur>> et infidèle du consommateur. Ils doivent surprendre et se renouveler en permanence. Les designers prévoient souvent des éléments mobiles (exemple : des meubles sur roulettes) qui permettent de modifier régulièrement la mise en scène du magasin.

- Duplication. Le développement du commerce en franchise impose une standardisation. Toutes les boutiques d’une même enseigne sont conçues sur un modèle identique, véhiculant la même image. Les éléments distinctifs (façade, mobilier, signalétique) doivent pouvoir être reproduits en série et adaptables à des espaces et des bâtiments différents.

- L’aménagement type. Indépendamment des particularités propres à chaque enseigne, la plupart des magasins créés récemment sont plus ou moins construits selon les mêmes principes.

En premier lieu, le magasin interpelle le chaland : le nom de la boutique est identifiable à distance et la façade est conçue pour inciter le client à entrer, grâce à une inclinaison de la vitrine ou, c’est le cas dans les centres commerciaux, en supprimant une partie de la vitrine pour ménager une large ouverture sur l’extérieur. L’espace juste après l’entrée est laissé libre. Il fait office de sas : il donne au visiteur le temps de s’habituer et de découvrir le contenu du magasin. Le regard du client va d’abord être attiré par les promotions, mises en évidence à proximité de l’entrée. Le fond du magasin est généralement bien éclairé et doté d’une décoration, d’un équipement ou d’une animation qui ont, eux aussi, un pouvoir d’attraction sur le client. Celui-ci glisse alors dans le piège. Il suit, sans être vraiment conscient, le sens de circulation, commençant par la droite, formé par le mobilier, l’éclairage et divers signaux visuels.

Crédit : « Le design de A à Z », Jean Charles GATE - 2010, publié par la DGCIS
www.industrie.gouv.fr/liste_index/creation_som.html

Art

0
Catégorie(s) : A, Lexique du design

Le design se distingue de l’art : il est au service des marques, répond à des impératifs commerciaux et vise, en général, une production en série. Il appartient pleinement à l’univers de l’entreprise. Sa finalité est économique alors que l’art poursuit avant tout une quête spirituelle, intellectuelle ou émotionnelle.

Le designer est souvent, à tort, assimilé à un artiste et le design à une discipline artistique. En fait, le design est essentiellement une activité économique au service des entreprises. Le design est né avec et pour l’industrie. Son histoire est relativement récente. Il est apparu lors de la révolution industrielle du siècle dernier. Il a pris son essor en même temps que l’industrie et la distribution et il se développe désormais dans les services. Pour parler crûment, le design a pour objectif de faire gagner de l’argent à l’entreprise. Le designer conçoit des produits destinés à être fabriqués (et vendus) en grande série. Il crée des signes (logotypes) ou des aménagements (architecture commerciale) destinés à être dupliqués et à véhiculer les valeurs de l’entreprise. Son rôle est de valoriser l’entreprise et la marque, de séduire et fidéliser des consommateurs.

La démarche de l’artiste est différente. Celui-ci crée d’abord pour lui-même. Il mène une quête personnelle et cherche à s’exprimer et s’épanouir par le biais des ses créations. En général, il réalise des œuvres uniques qui ne sont pas destinées à être reproduites. Dans la plupart des cas, il est à la fois le concepteur et le producteur de ses œuvres. Il a un style, une source d’inspiration qui se retrouvent dans chacune de ses créations et portent sa griffe. Beaucoup de designers sont issus d’écoles de Beaux-Arts ou d’arts décoratifs. Et ils possèdent nécessairement une sensibilité et des talents artistiques. Mais ils les mettent au service d’une entreprise pour l’aider à développer ses produits ou services et conquérir un marché. Pour les designers, l’art n’est pas une fin en soi, mais ce peut être un moyen.

En définitive, le design introduit la logique du sensible au sein des autres logiques, industrielle et marketing. Il replace le consommateur au cœur des préoccupations et de la stratégie de l’entreprise.

Crédit : « Le design de A à Z », Jean Charles GATE - 2010, publié par la DGCIS
www.industrie.gouv.fr/liste_index/creation_som.html

Artisanat

0
Catégorie(s) : A, Lexique du design

Le design s’est développé au fur et à mesure que l’industrie a pris le pas sur l’artisanat. Le design pourrait donc apparaître comme une activité contradictoire avec l’artisanat. En fait, il peut aussi être un moyen de redynamiser la création artisanale et de renforcer son identité.

La révolution industrielle a introduit la fabrication en série et donc la possibilité de reproduire en grand nombre le même objet. Cela a entraîné de profondes modifications par rapport au processus artisanal dans lequel il y a un seul intervenant qui conçoit, fabrique et parfois s’occupe même de vendre. L’artisan est l’auteur de sa production. Le processus industriel distingue les différentes tâches (celui qui conçoit n’est pas celui qui fabrique) et en introduit de nouvelles. Autre nouveauté engendrée par l’industrialisation : la « prévisibilité » de la forme et de l’objet lui-même. C’est la différence majeure par rapport à l’artisanat. Elle provient des techniques et des matériaux employés. L’artisan peut toujours modifier l’objet en cours de fabrication et il est tributaire des matériaux qu’il utilise, surtout si ce sont des matériaux naturels.

Quel que soit le talent de l’artisan, le résultat contient inévitablement une part d’imprévu. Celle-ci n’existe pas dans le processus industriel. D’une part, les propriétés physiques des matériaux sont connues et elles sont prises en compte dès l’origine du projet pour établir le process de fabrication et définir le produit. D’autre part, l’industrie suppose, avant la mise en fabrication, de lourds investissements qui interdisent le droit à l’erreur. Par exemple, il n’est pas question de modifier un moule, une fois qu’il est réalisé.

L’industrie présente ainsi deux caractéristiques : une phase préalable de conception et une programmation qui relèvent toutes deux du domaine du design (qui concerne à la fois le dessin et le dessein).

Le designer conçoit un produit en prenant en considération les aspects liés à sa fabrication et à sa commercialisation. Il s’efforce de concevoir un produit nécessitant un nombre limité de moules et d’opérations d’assemblage et pouvant être (grâce à sa forme ou son emballage) transporté ou placé en magasin à moindre coût.

L’artisanat peut tirer profit du design. Bien qu’issu de l’industrie, le design ne se cantonne pas à la seule maîtrise (et optimisation) des procédés techniques. C’est avant tout une démarche créative visant, de surcroît, à satisfaire les attentes des consommateurs. Le design peut apporter à l’artisanat sa méthode : audit, analyse de la valeur, investigation créative, définition d’axes de développement, concrétisation de nouveaux produits aptes à répondre aux besoins du marché, communication…

Le design peut aider une entreprise artisanale à mieux exploiter son potentiel et à se doter d’une véritable stratégie produit. Le design lui permet de valoriser sa technicité et d’améliorer la qualité perçue de ses produits en leur donnant un pouvoir de séduction plus fort.

Crédit : « Le design de A à Z », Jean Charles GATE - 2010, publié par la DGCIS
www.industrie.gouv.fr/liste_index/creation_som.html